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Cohabitats en terre: les Tulous des Hakkas en Chine

1___tulous fujianEn 2008, l’UNESCO inscrivait sur la liste du patrimoine mondial, 46 immeubles d’habitation communautaire construits en terre dans la province du Fujian, au sud de la Chine. Ces tulous constituaient le mode d’habitation traditionnel de l’ethnie hakka. Ceux-ci ont été construits entre le XVe et le XXe siècle mais il en existe plus d’un millier en Chine avec des formes et des aménagements intérieurs très différents. Tulou signifiant essentiellement : construction en terre.

On peut voir ces constructions comme des forteresses, car elles l’étaient et le seraient encore. Je préfère les voir comme des villages durables exemplaires par leur design bioclimatique très performant qui offraient un confort et des conditions de vie exceptionnelles pour cette époque.

Un mode d’habitation communautaire
2___tulou ouvertLes tulous sont des habitations de 3 à 5 étages, généralement rondes mais parfois carrées ou ovales. Elles peuvent abriter jusqu’à 60 familles, ce qui, à l’époque pouvait correspondre à 400 personnes.

Pour la protection de ses habitants, elle est entourée d’un mur d’enceinte en terre pouvant faire jusqu’à 3 mètres d’épaisseur au niveau du sol. Ce mur d’enceinte n’est percé que d’une ou deux portes d’entrée à la manière des châteaux forts européens et il est muni de meurtrières aux niveaux supérieurs servant à la fois de ventilation et de points de défense.

Le centre des tulous est aménagé de diverses façons selon leur date de construction, leur hauteur et leur lieu de construction. Dans certain il s’agit simplement d’une grande place publique donnant accès directement aux habitations. Parfois on trouve dans cette place publique une estrade de théâtre et lieu de culte aux ancêtres. Dans d’autres cas, le centre est entièrement construit d’immeubles à vocation plus communautaires.

Le mur d’enceinte en terre
3___murs terre tulousLe mur extérieur en terre battue faisait de 1,5 à 3 mètres ( 5 à 10 pieds) d’épaisseur. Ceci représente une valeur isolante d’environ R-10 par pied ou un fabuleux R-50 à R-100.

Vu la surface très réduite en fenestration, il constituait un rempart énergétique extraordinaire tant pour sa valeur isolante que son étanchéité à l’air.

Le mur de terre était déposé sur une large base de pierres faisant de 1 à 2 mètres de haut qui gardait la terre au sec. De telles constructions, en pierres et en terre, représentaient un travail long et épuisant.
Certains murs intérieurs étaient aussi fait de terre mais souvent ils étaient en bois pour accélérer la construction.

Des habitations verticales
4___coupe tulouLes maisons familiales des tulous faisaient toute la hauteur de l’immeuble. Très minces du côté intérieur, elles avaient toutes un accès direct au sol et un grenier. Le sol apportait de la fraicheur en été et un peu de chaleur en hiver.
Cette approche égalitaire permettaient d’avoir des habitations identiques et une qualité de vie similaire pour tous les habitants.

Dans certains cas, des cuisines communes étaient construites en rangée dans un immeuble d’un seul niveau situé entre l’habitation et la cour centrale. Ceci créait une cellule communautaire pouvant regrouper 4 unités de logement.
Cet cellule communautaire pouvait être entourée de murs de terre qui compartimentaient le tulou en espaces résistants à la propagation du feu d’une cellule à l’autre.

Un exemple d’architecture durable
5___tulou carreCes immeubles sont des constructions exemplaires d’un point de vue environnemental.
Par les matériaux. Entièrement construits de bois, de terre et de pierre, les matériaux sont recyclables, non polluants, à faible énergie grise (de transformation) et durables de par la conception de l’immeuble qui les protège des intempéries.
Bioclimatisme. L’immeuble est conçu pour protéger les habitations contre les vents froids d’hiver. En été, les balcons des étages ombragent les fenêtres, permettant de conserver les habitations plus fraîches. En hiver comme en été, les murs de terre sont isolants et maintiennent une température plus douce à l’intérieur. En été, les murs de terre intérieurs deviennent aussi des masses thermiques qui absorbent la fraicheur des nuits estivales pour rafraichir les lieux durant le jour.
Construction durable. Les larges débords des toits protègent les murs de terre et les constructions intérieures en bois contre la dégradation par la pluie et le soleil.

Un cohabitat humain exemplaire
6___tulou cour pavillonL’UNESCO a qualifié ainsi ce type d’architecture : « exemples de bâtiments exceptionnels de par leur taille, leur tradition de construction et leur fonction, ils constituent un exemple unique de peuplement humain, fondé sur une vie en communauté et des besoins défensifs tout en maintenant une relation harmonieuse avec leur environnement. »

Il y a peu à ajouter sinon qu’après des siècles à privilégier l’habitat individuel, notre société gagnerait peut-être à favoriser davantage divers modes de cohabitation.

Traditional-Chinese-Tulou-HouseYves Perrier
2015/10/13