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Toits-verts extensifs pour le Canada: solution ou problème ?

toits-verts montreal

Toits-verts. On entend beaucoup parler des toits végétalisés extensifs comme solution environnementale pour les villes canadiennes.
Pire encore, les canadiens en sont venus à l’idée qu’un bâtiment vert DOIT avoir un toit végétalisé, ne serait-ce que sur 10 mètres carrés, pour être écologique. Alors, les politiciens leur en donne pour 10 m.ca. pour s’y faire prendre en photo et tout le monde est content.

En faits, ces toits sont coûteux et leurs avantages environnementaux sont assez limités si on les comparent à d’autres approches écologiques pour le bâtiment.
Seuls les toits-jardins avec une culture maraichère en bacs justifient un tel investissement et ceci, davantage pour la sécurité alimentaire et l’éducation populaire que pour leurs bienfaits directs sur l’environnement.
Les toits végétalisés extensifs demeurent surtout une image politique de « marketing vert » pour les villes, les institutions publiques et les grandes entreprises, pour qui l’argent n’est pas un problème et qui se moquent bien des résultats concrets de leurs actions.

Toits-verts: Le problème du poids

2coupe_toitLes toits-verts sont des toitures entièrement couvertes d’une couche de terreau d’une épaisseur variant généralement de 10 à 20cm qu’on utilise pour planter des végétaux.
Leur problème principal est la surcharge de poids occasionnée à la toiture. Une épaisseur de 20 cm de terreau mouillé ajouté à la neige peut peser 2 fois plus que la charge admissible sur un toit neuf standard. La situation est donc inquiétante pour les toits existants construits au minimum des charges normales admissibles et encore davantage avec les vieux toits qui ont souvent des problèmes de pourriture ponctuelle qui réduisent leur capacité portante initiale. En ce sens, la réalisation d’un toit vert sur un immeuble existant exige une démarche sérieuse par étapes:
1- Une évaluation structurale sommaire d’un ingénieur pour évaluer la faisabilité du projet.
2- Des plans et devis généraux de construction par un architecte ou un technologue.
3- La collaboration d’un architecte paysagiste pour le choix des plantes, du terreau, du système d’irrigation (si nécessaire) et d’implantation.
4- La distribution des charges doit ensuite être approuvée par l’ingénieur en structure qui doit faire le plan des modifications structurales.

Pour les nouveaux immeubles, il est plus facile de doubler la capacité structurale du toit, mais l’augmentation des coûts reliés à la structure, à la membrane, au sol, au système de plantation et d’irrigation ainsi que les frais annuels d’entretien rendent tout de même le projet très coûteux.

Les toits-verts légers ne sont pas la solution

3detail_toitLes toits-verts légers sont la tendance actuelle au Canada est de réduire l’épaisseur du substrat pour réduire son poids et le coût des travaux. Par contre, cette tendance va à l’encontre des bénéfices sociaux recherchés par l’implantation des toits verts:
1- La rétention d’eau pour soulager les usines d’épuration lors des orages devient beaucoup moindre.
2- La survie des plantes s’en trouve fragilisée pendant les sécheresses. Dans l’éventualité où les plantes meurent les racines ne retiendront plus le sol et celui-ci peut être balayé par l’eau et le vent. Une surface de plantes séchées devient aussi un facteur de propagation de la flamme d’une toiture à l’autre. Pour réduire les risques, il est presque nécessaire d’installer un système d’irrigation pour arroser les plantes durant les périodes de sécheresse. Ce qui contrevient aux plus élémentaires concepts écologiques de conservation de l’eau.
3- Les usages du toit végétalisé s’en trouvent limités à la survie de lichens et de mousses. Il n’est plus question d’y faire un jardin potager pour les occupants mais seulement un couvre-sol rustique exigeant un désherbage occasionnel contre les plantes allergènes comme l’herbe à poux.
4- Une moins bonne protection contre les racines. Durant le printemps, le pollen des peupliers s’envole et sème à tous vents ses graines sur des hauteurs allant jusqu’à cinq étages. Celles-ci germent facilement sur les toits verts et leurs racines viennent à bout des membranes les plus résistantes. Lorsqu’un peuplier s’installe il faut vite l’éliminer car la membrane peut rapidement être percée. Moins il y a de terre, plus les délais sont courts pour éradiquer les peupliers avant qu’ils percent la membrane.

Toits végétalisés: le problème des fuites

Théoriquement, la terre protège la membrane contre le soleil et cela pourrait doubler la durée de vie des membranes, mais lorsque des fuites surviennent les coûts de réparation peuvent être catastrophiques.
Il faut d’abord enlever une partie du toit végétalisé pour avoir accès visuellement à la zone problématique. Malheureusement, une infiltration d’eau située au centre d’un immeuble ou près d’un mur extérieur peut venir d’un endroit très éloigné.
Pour trouver la source d’une infiltration il faut procéder de l’extérieur. Il faut parfois enlever la moitié des toits-verts avant de trouver le problème.
Après la réparation, on croise les doigts en espérant qu’il n’y avait pas deux sources distinctes d’infiltration.

D’autres avenues que les toits végétalisés extensifs

1_toit_blanc_epdmIl existe d’autres solutions moins coûteuses que les toits-verts et plus efficaces pour protéger la qualité de l’air et de l’eau tout en réduisant les îlots de chaleur urbains.
1- Les toits blancs pour contrer les îlots de chaleur.
2- Les murs végétalisés à l’aide de vignes vierges pour capter le CO2, dépolluer l’air et réduire les îlots de chaleur.
3-La plantation d’arbres pour ombrager les surfaces asphaltées ou bétonnées.
4-L’utilisation de réservoirs d’eau de pluie hors sol ou enfouis pour réduire la charge des eaux pluviales.
5-Les pavages drainants en remplacement de l’asphalte et du béton pour réduire les eaux de ruissellement au sol qui se rendent à l’égout.
6- Les toits-jardins, s’il y a un réel intérêt pour l’agriculture urbaine.

Toits-jardins: les bacs de verdure pour les toits

5toit_biotop_hopitalPour limiter le poids, le coût des rénovations et les dangers de perforation de la membrane, la culture en bacs amovibles semble une voie plus réaliste pour les toitures urbaines comme celles de Montréal.
Cette approche peut s’appliquer à des toits de grande envergure pour créer des jardins communautaires ou à de tout petits toits, voire des balcons, pour les jardins individuels.
La culture en bacs a plusieurs avantages:
1- Le poids des bacs est limité et il est réparti en fonction de la structure du toit.
2- Le jardin potager devient un loisir plaisant et utile plutôt qu’une corvée d’entretien inutile.
3- L’arrosage manuel ou automatique est restreint et demeure utile en créant de la nourriture saine. L’eau de pluie peut être recueillie par le drain du toit et dirigée vers un grand récipient situé au sol ou enfoui dans le sol pour les besoins d’arrosage.
4- Des plants grimpants (courges, raisins, vignes vierges, etc) peuvent créer des zones ombragées pour aller s’y détendre.
5-Les bacs peuvent être isolés ou recouverts d’une enveloppe isolante en hiver pour conserver des plants vivaces d’une grande variété.

Dans tous les cas, il faut prévoir une accessibilité directe au toit pour en faciliter l’entretien. Le soleil étant très présent sur les toits, je recommande fortement d’y installer un système d’arrosage automatique pour assurer la survie des plants.

Yves Perrier
2015/11/02