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Powerpipe: récupération efficace de l’énergie des eaux usées

En mars 2013, la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) a émis une restriction à l’installation des systèmes de récupération de chaleur des eaux grises pour les douches.
dessinEn faits, compte tenu du marché actuel, cette restriction concerne essentiellement l’installation des Power-Pipe, un système fabriqué en Ontario depuis 2004 et distribué au Québec par Solénove Énergie Québec (SEQ) depuis 2010.

Au Québec, et seulement au Québec, il est interdit de raccorder directement l’eau préchauffée à l’alimentation en eau froide de la douche. Selon la RBQ, l’eau qui alimente directement la douche peut se retrouver dans la plage de prolifération de bactéries, telles que les légionelles. Ceci provoque une baisse d’efficacité de 25% sur le rendement de récupération d’énergie du Power-Pipe qui passe de 40% à 30%.

powerpipe-cuivreLa fonction du Power-Pipe
Rappelons d’abord que le Power-Pipe est un conduit de cuivre relié au système d’évacuation des eaux usées de la maison qui transmet la chaleur des eaux grises à l’eau froide entrant dans le chauffe-eau.
Il s’agit d’un système de récupération d’énergie destiné essentiellement aux douches. En effet, pour qu’il y ait transfert d’énergie, il faut que l’entrée d’eau potable et la sortie d’eaux usées soient simultanées.

Quelle récupération d’énergie?
Les économies réelles qu’il génère demeurent encore imprécises car elles dépendent de la température de l’eau froide, de la température de l’eau de douche, de la longueur du Power-Pipe, du débit d’eau et de la proportion de la consommation d’eau chaude destinée à la douche. En été, l’eau d’entrée est moins froide et on prend des douches moins chaudes qu’en hiver. Selon l’ancien mode de branchement, aujourd’hui interdit par la RBQ, on évalue qu’en moyenne, le Power-Pipe récupère 40% de l’énergie évacuée par les douches.

powerpipe_inst qcAvec l’ancien mode de branchement, Hydro-Québec, considère que pour un ménage de quatre occupants, un système de 60 pouces de longueur peut faire économiser environ 1 500 kWh d’électricité par année, ce qui équivaut à environ 120$ ou 30% de la consommation d’eau chaude annuelle de la maison.
De son côté, Ressources naturelles Canada est plus généreux et accorde une économie annuelle de 1 825 kWh pour un ménage prenant trois douches par jour donc environ 146$.
Pour Gaz Métro, on estime les gains annuels moyens à 2 770 kWh, ce qui correspond cette fois à 220$ toujours pour cette bonne famille moyenne de quatre personnes.

M. François Michel, président de SEQ, estime de le mode de branchement recommandé par la RBQ fera perdre 25% des économies d’énergies au Power-Pipe.
Mais pire encore, cette réglementation élimine les possibilités d’installations dans les bâtiments multi-logements dotés d’un chauffe-eau centralisé.

Un bon placement malgré tout
Malgré la réduction de son efficacité de 25% le Power-Pipe demeure rentable. En utilisant les données les plus conservatrices, celles d’Hydro-Québec, on peut encore s’attendre à des économies annuelles de 90$ par année (120$ – 25%) avec un branchement uniquement au chauffe-eau.

Sans aucune subvention, le Power-Pipe coûte environ 1100$ +tx, installation incluse. Compte tenu du fait qu’il s’agit d’un système sans entretien qui devrait durer au moins 50 ans, il faut voir ce produit comme un investissement dans la maison. Il vous rapportera un rendement annuel d’environ 7% par année. C’est un bon placement.
De plus, si vous vous prévalez de subventions pour l’efficacité énergétique cette subvention ira directement dans vos poches. La subvention Renoclimat accorde jusqu’à 165$ et la société Gazifère offre jusqu’à 2000$ par installation pour des systèmes collectifs destinés au logement social et coopératives d’habitation dans l’Outaouais.

Un risque exagéré et une décision hâtive
Je ne partage pas l’opinion de la RBQ. Celle-ci a agi par précaution, sans aucun test, se basant sur un simple avis de Santé Canada à l’effet que l’eau qui alimente directement la douche pourrait favoriser la prolifération des bactéries, telles que les légionelles, car elle se retrouve durant un certain temps à une température variant de 25 à 30’C, une température propice aux bactéries.
En obligeant le passage de l’eau par le chauffe-eau, dont la température est consignée à 60’C, les bactéries sont détruites ou du moins stérilisées.

J’en conviens, et je soutiens le principe de précaution lorsqu’il s’agit de santé publique. Cependant, ce problème s’applique aussi aux longues conduites d’eau froide, dont l’eau stagnante peut séjourner durant plusieurs heures en été à une température variant de 25 à 30’C. Elles alimentent aussi les douches.
Le Power-Pipe ne représente pas plus de risque que de simples tuyaux d’eau froide car son élévation de température ne dure que quelques minutes avant de retomber à la température de la pièce. Le cuivre est un bon diffuseur de chaleur.

La RBQ a prit cette décision sans faire aucun test alors qu’une étude du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), réalisée en France, a conclue que le système ne contribuait pas à la prolifération de cette bactérie. La France est un pays reconnu pour sa réglementation sévère en matière de légionellose.

Permis partout au Canada sauf au Québec
Ressources Naturelles Canada, Hydro-Québec et Gaz Métro recommandent l’usage de ce produit pour des raisons énergétiques et environnementales. L’avis de Santé Canada devrait encourager Ressources Naturelles Canada à faire des tests de salubrité pour juger des risques réels pour les Canadiens et de la pertinence de son usage compte tenu des avantages du produit.
Les mesures d’efficacité énergétique sont peu populaires au Québec où le coût de l’électricité publique est peu élevé (quatre fois moins cher qu’en Espagne).
La réduction de l’efficacité du Power-Pipe décourage davantage son utilisation qui est pourtant un bienfait pour réduire la demande d’énergie aux heures de pointe ainsi que les gaz à effet de serre.
Pour l’instant, ce sont tous les Québécois qui en sortent perdants.

Yves Perrier
2015/11/10