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Poêles à granulés : un choix environnemental avant tout

poele granulesLes poêles à granulés représentent une source de chauffage intéressante d’un point de vue environnemental. Ils ont été inventés il y a près de trente ans dans l’ouest américain où on utilisait d’abord le grain de maïs séché comme combustible.

Au Québec, ils demeurent encore très marginaux et peu de marchands de poêles et foyers s’y intéressent vraiment. Ici, on utilise essentiellement le de bois mais de nouvelles technologies plus universelles permettent maintenant l’usage du bois, du maïs, des noyaux d’olives ou de toutes autres matières sèches combustibles.

Le poêle à granulés entre dans le 21e siècle et certains lui prédisent un bel avenir, principalement dans les villes où on commence à bannir le chauffage au bois pour des raisons de pollution atmosphérique.

Granules: les avantages environnementaux

Actuellement, les granulés de bois sont fabriqués à partir de la sciure et des copeaux de bois des scieries. Qu’il s’agisse de bois mou (épinette, pin, peuplier) ou de bois dur (érable, merisier, frêne) les granulés apportent une solution au problème de gestion des résidus du bois.

La combustion du bois et de ses sous-produits comme les granulés n’ajoute pas de CO2 net dans l’atmosphère car elle entre dans le cycle naturel du carbone : le CO2 absorbé par l’arbre est réémis lorsqu’il brûle ou pourrit. En remplaçant un système de chauffage au mazout ou au gaz par les granulés de bois on réduit fortement les émissions de gaz à effet de serre dues au chauffage des maisons. Comparativement aux poêles à bois certifiés EPA, les poêles à granulés produisent jusqu’à trois fois moins de particules fines dans l’air (0,7 à 2g/hre contre 1,3 à 6g/hre). Les particules représentent une source importante du smog urbain responsable notamment de maladies cardio-respiratoires. D’ailleurs, les poêles à granulés sont les seuls systèmes de chauffage au bois dont l’installation est encore permise par la Ville de Montréal. L’utilisation des granulés permet d’utiliser une ressource énergétique renouvelable, locale (renforçant l’économie régionale) et ne représentant aucun risque environnemental pour son transport. De manière générale, il s’agit donc d’un excellent choix environnemental.

Poêles à granules: le fonctionnement

poele granuleComparativement à un poêle à bois, un poêle à granulés est un appareil relativement automatisé et plus confortable qui fournit une chaleur radiante régulière plutôt qu’un gros coup de chaleur qui assèche l’air.

On remplit d’abord un grand entonnoir (la trémie) de granulés qui sert de réservoir pour le poêle. Le poêle est alimenté régulièrement en granulés par une vis sans fin qui achemine les granulés vers la chambre de combustion. Son autonomie de fonctionnement peut être de 24 à 48 heures selon la grosseur de la trémie et la puissance de l’appareil.

Le poêle à granulés doit être branché sur une prise de 120 volts. L’électricité est nécessaire pour faire fonctionner la vis d’alimentation, l’allumeur ainsi que deux ventilateurs : l’un souffle qui poussent l’air réchauffé vers la maison tandis que l’autre dirige les gaz de combustion à l’extérieur par un évent mural qui sert de cheminée.

Les limites du poêle à granulés

La première limite de ce système est sa consommation d’électricité. Outre l’allumeur qui consomme de 300 à 400 watts pendant 15 minutes, un poêle à granulés consomme typiquement 300 watts/hre. En cas de panne de courant, il n’est plus fonctionnel. Il doit alors être relié à une source d’électricité d’appoint telles des batteries ou une génératrice. Un ensemble de deux batteries marines de 12 volts avec chargeur et onduleur (pour convertir le courant continu en courant alternatif) coûtera de 400 à 600$ mais ne pourra typiquement servir que durant 6 à 12 heures. Sauf dans les lieux où le vent et le soleil sont toujours présent pour recharger continuellement les batteries, une génératrice est pratiquement indispensable pour assurer une réelle autonomie du système en cas de panne prolongée.

L’entretien régulier du poêle est une autre restriction importante à son utilisation. Il nécessite un entretien d’environ 20 minutes par semaine. Ne pas faire le nettoyage hebdomadaire peut provoquer un blocage de la vis et brûler le moteur qui est très coûteux à remplacer (environ 400$). De plus, la suie des gaz de combustion s’accumule derrière le poêle dans des compartiments qui ne sont pas accessibles sans un matériel spécialisé. Il est donc recommandé de prendre un contrat d’entretien annuel pour le nettoyage et le ramonage des conduits d’évacuation. Cet entretien coûte de 100 à 200$ par année selon votre région et le type de poêle, certains modèles étant plus difficiles à nettoyer.

Finalement, le feu d’un poêle à granulés peut créer une certaine ambiance mais les ventilateurs des modèles de bas de gamme sont relativement bruyants et deviennent agaçants dans un séjour ou dans une salle à manger. Pour avoir un poêle d’ambiance, il est préférable de choisir un produit de plus haute gamme, avec contrôles électroniques. Comparez toujours le niveau sonore de divers appareils en magasin avant l’achat.

Granulés de bois ou maïs?

poele granules quebecIl existe des poêles destinés aux granulés de bois et d’autres destinés aux grains de maïs. De nouveaux appareils peuvent même brûler ces deux combustibles. À poids égal, les granulés de bois et le maïs peuvent produire une énergie équivalente et les deux systèmes atteignent une efficacité de combustion optimale de 80%. La différence se situe surtout dans la production de cendres. Le granulé de bois produit de 1 à 3 % de cendres contre 5 à 7 % de cendres pour les grains de maïs.

Le prix du combustible varie énormément d’une saison à l’autre ce qui rend très difficile le choix du combustible en fonction de la rentabilité financière. En 2006, le granulé se vendait de 8 à 12 cents la livre alors qu’en janvier 2009 il se vendait jusqu’à 25 cents la livre à certains endroits. En juin 2009, le grain de maïs se vendait 13 cents la livre et le granulé de bois 17 cents la livre.

Le problème d’approvisionnement
En automne 2008, de nombreux facteurs ont contribué à créer une pénurie de granulés de bois au Québec et dans les Maritimes. Avec la montée du prix du mazout, les ventes de poêles à granulés ont doublé ici et dans les états du Nord-Est américain. Compte tenu des prix élevés de leur électricité, les américains furent nombreux à se tourner vers cette technologie et ont créé une pression à la hausse sur le prix du combustible, tout comme les Européens d’ailleurs. Le problème augmenta après qu’un incendie eut frappé un producteur de granulés du Québec. La diminution de la production de bois d’œuvre a aussi réduit la production de bran de scie et de copeaux, la matière première des granulés.

Actuellement, personne ne peut prédire le prix du granulé à moyen terme mais de nouveaux producteurs québécois arrivent sur le marché et certains fabricants s’approvisionnent maintenant en bran de scie de Colombie-Britannique. Malheureusement, cet apport est beaucoup moins écologique et la provenance du combustible n’est pas toujours indiquée sur les emballages.

Des produits du 21e siècle
La compagnie américaine St.Croix propose un poêle multigrains avec un brûleur universel pouvant fonctionner avec des granulés de bois, du maïs et autres types de biomasse. L’appareil est doté d’un contrôle thermostatique digital combiné à un thermostat mural lui permettant de conserver une température constante dans la pièce. Le poêle est muni d’un système autonettoyant des cendres qui réduit l’entretien du pot de combustion (sans toutefois éliminer les besoins de nettoyage de l’échangeur de chaleur et des autres composantes). Il dispose aussi d’un allumage électronique et de moteurs plus silencieux que la moyenne.

Parmi les autres orientations du marché, les produits italiens Ecotek poussent davantage le design du poêle ainsi que ses raffinement technologiques. Le poêle devient un meuble décoratif avec des tuiles de faïence qui en plus accumulent la chaleur et la restitue doucement. Il est muni d’un écran digital et de contrôles électroniques très pratiques pour améliorer le confort des utilisateurs. À l’aide d’une télécommande, il est possible de gérer la distribution de la chaleur en poussant l’air dans diverses directions et des diffuseurs huiles essentielles permettent de s’adonner à l’aromathérapie.

Cheminée pour granules: le choix de l’évent

La compagnie ICC, de Saint-Jérôme, fabrique maintenant un conduit d’évent pour les gaz de combustion spécialement conçu pour les appareils à granulés. Le conduit EXCELPellet est muni de joints de silicone qui éliminent l’application de calfeutrage sur les conduits. Ceci rend l’installation, le nettoyage, et l’application de peinture plus faciles tout en permettant de désassembler et réassembler les conduits pour le nettoyage. Le conduit peut être installé à 2,5 cm (1 po) d’un revêtement combustible. L’installation la plus recommandée pour éviter des retours d’air froid vers la maison consiste à installer une cheminée de 1,5 m (5 pi) de hauteur à l’intérieur de la maison.cheminee poeles granules

Chauffer aux granules: est-ce économique ?

Étant donné les fluctuations du prix des granulés et du prix des combustibles il semble très hasardeux de faire des prédictions de rentabilité. Il faut aussi tenir compte de l’investissement variant de 3 500$ à 5 000$ pour l’appareil (installation incluse) et de la durée de vie du poêle à granulés qu’on estime de 15 à 25 ans en fonction de la qualité du produit.

Selon l’ingénieur Camille Gagnon, ex-professeur de technologie de la mécanique du bâtiment au Cégep de Jonquière et spécialiste des questions d’efficacité énergétique : « Pour des appareils donnant un même rendement calorifique saisonnier de 80 %, il faut 23 sacs de 40 lb (18 kg) de granulés de bois pour équivaloir à un cordeau de 16 po x 4 pi x 8 pi (40cm X 1,2m X 2,4m) de bois mélangé séché à l’air. Le prix de l’électricité de chauffage, qui est de 8,42 ¢/kWh (taxes comprises) depuis le 1er avril 2009, équivaut à environ 6,75 $/sac de granulés ou 154 $ du cordeau. » Ces valeurs tiennent compte d’une capacité calorifique de 19 800 MJ/tonne métrique de granulés et de 8330 MJ/cordeau.

Actuellement, avec un prix de 0,17$ la livre (6,80$ le sac de 40 lb), le coût du chauffage aux granulés est donc équivalent au chauffage électrique et de 20 à 40% moindre que le chauffage au gaz naturel ou au mazout. Pour l’instant, le bois est plus rentable que les granulés et la durée d’un bon poêle à bois est aussi plus longue.

Pour qui et pourquoi?
Le facteur de la rentabilité ne doit pas être le premier critère de choix pour les consommateurs qui désirent ce type de poêle. C’est clairement un choix environnemental et il s’adresse à des usagers débrouillards qui ne sont pas rebutés par un entretien hebdomadaire. Compte tenu de ses qualités environnementales et de la venue de brûleurs plus universels permettant l’utilisation de diverses sources de combustibles s on peut demeurer optimiste quant au futur de cette technologie.

Yves Perrier
2015/11/06