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Masdar : une ville verte modèle au Moyen-Orient ?

1masdar_coupeLorsqu’on pense à une ville verte du futur on l’imagine difficilement dans le désert au pays du pétrole. Les peuples arabes n’ont pas une conscience environnementale très développée mais là-bas comme ici, la nécessité est la mère de l’invention et du changement. On pense bien sûr à l’ère de l’après pétrole et de manière plus urgente, c’est la ressource en eau potable et les coûts de climatisation qui sont au coeur des changements.

Depuis 2008, les Émirats arabes unis construisent dans le désert une ville dont l’urbanisme devrait en faire un modèle de ville durable pour les climats chauds et secs.

Ce modèle mêlera de vieux concepts bioclimatiques à des technologies nouvelles. Comme tous les projets grandioses de l’émirat d’Abu Dhabi, il sera très coûteux et certainement inaccessible à la classe moyenne. Cependant on en tirera peut-être des enseignements bénéfiques et de nouvelles technologies plus accessibles pourraient en émerger.

La nature du projet
2carte_masdarLe projet est né en 2006 à l’initiative de l’émirat d’Abu Dhabi, un des sept émirats formant la fédération des Émirats arabes unis, un pays donnant sur le golfe persique. En chantier depuis 2008, la ville devait d’abord être achevée en 2016 au coût de 22 milliards de dollars et avait comme ambition d’être sans émission de CO2.

Malheureusement, le projet a subi les contrecoups de la crise économique et divers problèmes techniques ont réorienté certains concepts initiaux.

Le promoteur a annoncé plus récemment que le projet ne serait pas terminé avant 2025 et que sont coût s’approchera plutôt de 19 milliards. A ce jour, seule la construction de l’Institut de sciences et de technologies est terminée. Plus de 170 étudiants y sont présents, dont une centaine qui vit sur le campus.

Initialement, la ville devait être surélevée sur un podium de 7,5m pour faciliter le transport en souterrain…elle est maintenant presque enfouie pour la protéger des vents. On voulait installer des panneaux photovoltaïques sur chaque toit mais cette idée a été abandonnée au profit d’une centrale solaire extérieure fournissant les besoins de la ville et plus facile à gérer. De plus, les ambitions de limitation des émissions de gaz à effet de serre semblent avoir été revues à la baisse.

Une petite ville universitaire
3ville_masdarLa ville de Masdar est située à environ 30 km à l’est de la capitale Abou Dabi et de son aéroport international. Ce sera une petite ville de 50 000 résidents ayant comme principale fonction l’enseignement universitaire en énergies renouvelables. Elle devrait compter environ 60 000 non-résidents (travailleurs, hommes d’affaires) sur un quadrilatère de 6 km-carré, donc de densité importante. Avec ses centres de recherches, la ville veut devenir un leader du développement technologique en environnement pour le monde arabe.

Construire en fonction du climat
Le concept bioclimatique vient des villes-forteresses du Moyen-Orient, avec un mur extérieur qui préserve la cité des vents et la poussière du désert. À l’intérieur des murs, des ruelles (7 à 12m de large) conservant la fraîcheur de l’ombre. Les immeubles d’habitation ont, au plus, cinq étages pour éviter l’exposition des façades. Les fontaines et les arbres seront abondants pour fournir une climatisation naturelle par évaporation de l’eau.

4interieurCette approche ressemble étrangement à celle de la ville de Fermont dans le nord du Québec construite derrière un mur écran de plus de 1 km long servant à protéger le reste de la ville des forts vents en provenance du nord.

L’orientation nord-est/sud-ouest de la ville a été choisie afin de profiter de la brise marine du golfe Persique le jour et de l’air frais du désert la nuit. La conception bioclimatique globale a comme ambition de maintenir la température diurne à 20 degrés Celsius. Rappelons qu’en journée, la température dépasse souvent 30 C avec des pointes estivales à plus de 45 C.

À ces solutions bioclimatiques simples se joindront des immeubles de haute technologie recouverts de panneaux solaires et d’éoliennes qui produiront plus d’énergie qu’ils n’en consommeront en une année. Quant aux maisons, elles devraient consommer 80% moins d’énergie de climatisation qu’une maison conventionnelle.

Transport, énergie et ressources
5transportAucune automobile ne circulera dans la ville de Masdar. Le transport en commun sera maître et permettra de rejoindre n’importe quel point de la ville à une dizaine de minutes.

Aucun hydrocarbure ne sera utilisé. Les 200 MW d’électricité nécessaires (le quart des besoins d’une ville comparable) seront fournis par une combinaison de centrales solaires, d’éoliennes et de géothermie. Un projet novateur d’usine brûlant de l’hydrogène à partir de gaz naturel devrait fournir une énergie sans émission de CO2.

En ce qui a trait à la gestion des ressources, la ville consommera 60% moins d’eau qu’une ville comparable en recyclant les eaux usées. Une usine de désalinisation solaire fournira l’eau ainsi que des systèmes de récolte des eaux de pluie et de capteur de rosée. Les déchets seront recyclés ou incinérés à très haute température pour en tirer de l’énergie, ainsi seulement 2% des déchets seront enfouis.

Une ville nouvelle pour les riches ?
La vie dans cette cité universitaire sera probablement très coûteuse. Il est difficile d’imaginer un quartier « populaire » pour les travailleurs de la cité dans ses murs. Les travailleurs viendront probablement de la capitale, située à 30 km de la future Masdar.

Par Yves Perrier
2015/09/30