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L’incroyable crise solaire en Espagne

photovoltaiqueEn juillet 2013, le gouvernement espagnol a décidé de mettre en place plusieurs mesures visant à dissuader les propriétaires d’habitations, de commerces ou d’industries d’installer des panneaux solaires photovoltaïques sur leurs immeubles pour la production d’électricité.

La raison? La baisse de consommation d’électricité publique réduit les revenus des fournisseurs de l’état pendant que les coûts d’exploitation du réseau public ne font qu’augmenter. L’autoproduction d’électricité crée un manque à gagner pour les grands fournisseurs d’énergie.

Le « fléau» de l’autoproduction
En Espagne, le coût de l’électricité publique est très élevé pour les habitations: environ 30 cent par kilowatt-heure contre 8 cents/kwh au Québec.

L’ensoleillement généreux en Espagne et la baisse importante du prix des modules photovoltaïques provoquée par la venue de produits chinois ont permis d’amortir une installation résidentielle en seulement 5,7 ans selon les calculs de l’Association pour l’épargne et l’efficacité énergétique.

Les secteurs de l’hôtellerie et de la viande économisaient entre 20% et 30% sur leur consommation d’électricité après s’être dotés de panneaux solaires et d’éoliennes pour faire fonctionner leurs chambres froides.

L’autoproduction était donc de plus en plus populaire malgré le fait que les autoproducteurs reliés au réseau public ne pouvaient pas bénéficier d’un rabais lorsqu’ils retournaient leur énergie excédentaire sur le réseau. En Espagne, cet excédent n’est pas banal. On estime qu’il est difficile de consommer 50% de l’énergie produite si l’on ne dispose pas de batteries de stockage, qui sont relativement coûteuses et polluantes.

Contrairement aux pratiques nord-américaines de mesurage net, les Espagnols ne peuvent pas faire reculer leur compteur.

La «solution» espagnole
Diverses mesures ont été prises par décret en juillet 2013 pour contrer l’autoproduction solaire.

– L’apport d’énergie excédentaire reversé sur le réseau demeurera non remboursé.
– Le producteur doit payer une taxe pour chaque kWh produit et autoconsommé ! Pour un consommateur résidentiel, le péage proposé fut de 10 cents/kWh autoconsommé.
– L’instauration de droits de douanes sur les modules photovoltaïques chinois pour faire augmenter leur prix.
Des conséquences multiples
Les conséquences sur le marché de l’énergie solaire en Espagne seront catastrophiques :
– Il faudra désormais 17 ans pour amortir une installation photovoltaïque et peut-être davantage si le gouvernement réussit à baisser le tarif de l’électricité publique grâce aux revenus publics générés par les autoproducteurs. Quelle ironie!
– 80% des 7.000 travailleurs actuels de l’industrie solaire perdront probablement leur emploi.
– Pour rentabiliser leurs installations, les 50 000 autoproducteurs actuels se tourneront probablement vers le stockage par batteries, ce qui aura des impacts environnementaux négatifs.

Production centralisée vs décentralisée
L’absurdité de la situation espagnole démontre bien l’intérêt du modèle nord-américain de production et de distribution d’électricité en réseau intelligent décentralisé (Smart Grid).

Dans ce concept, le producteur partage ses surplus de production avec les autres consommateurs reliés au réseau public et un système informatique dirige la production individuelle vers le consommateur le plus près afin de réduire les pertes d’énergie de distribution.

De plus, cette production électrique décentralisée et cette distribution locale sécurisent l’approvisionnement en cas de catastrophes climatiques comme l’épisode du verglas de 1998 au Québec tout en réduisant la production de gaz à effet de serre.

Yves Perrier
2014/02/03