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Centres Songhaï : une société écologique modèle pour l’Afrique

1_centre-songhaiVoilà une inspiration formidable; une « utopie » réalisée à hauteur d’homme. Depuis 1985, Godfrey Nzamujo, un prêtre dominicain américain d’origine nigériane, a mis sur pied au Bénin une ONG de production alimentaire biologique qui pourrait devenir le modèle d’agriculture par excellence pour toute l’Afrique.

La ferme Songhaï produit du poulet, des œufs, du poisson, du porc, de très nombreux légumes, des bananes et des noix de cocos ainsi qu’une quarantaine de variétés de riz.
La ferme vit presqu’en autarcie, produisant ses engrais biologiques, son méthane, une partie de son électricité et même sa machinerie à partir de rebus mécaniques recyclés.

«Il y a trop de conférences en Afrique», dit le père Nzamujo. Et il ajoute:« L’Afrique est riche mais elle ne le sait pas»!

Une réussite financière inspirante
En 1985, on donnait un marécage stérile infesté de mouches à Godfrey Nzamujo. Depuis 2002, le premier centre Songhaï installé à Porto-Novo est rentable sans subvention et il y a maintenant 5 autres centres Songhaï au Bénin, 1 en Zambie et 1 au Nigéria qui produisent aussi des produits transformés et distribués dans des points de ventes urbains.2_developpement700

Désignée «centre d’excellence pour l’agriculture» par l’ONU, l’exploitation agricole est devenue une école de formation inspirante pour des centaines de jeunes africains venant de nombreux pays qui désirent reprendre l’exploitation agricole familiale traditionnelle avec une approche plus moderne à la fois plus mécanisée, plus productive et plus rentable.

Des fermes privées s’inspirent maintenant des Centres Songhaï au Nigeria, au Liberia et au Sierra Leone, démontrant que ce modèle économique ne s’adresse pas seulement aux organismes humanitaires.

Plus qu’une ferme biologique : une société écologique
3_poulaillersDans les centres Songhaï il n’y a pas de déchets. Tout est utilisé, transformé et réutilisé sans polluer.
Il y a l’agriculture biologique. On produit du blé pour la nourriture des poules dont les fientes nourrissent des mouches dont les larves nourrissent les poissons. À titre d’exemple, les mouches soldates noires produisent 6 tonnes de larves séchées par mois à haute teneur en protéines. Les carcasses de poulets et de poissons ainsi que les viscères des porcs retournent aussi aux mouches. «Les mouches sont tellement heureuses qu’elles restent dans leur salle à manger et ne viennent plus nous importuner» raconte le père Nzamujo.
Ces larves servent à l’alimentation des poissons, des poules et des cochons dont les déjections servent d’engrais pour la culture des légumes, des céréales et des arbres fruitiers.
Tout se fait sans pesticide et avec l’aide de micro-organismes ajoutés dans le sol par le compost biologique.

4_eaux-useesIl y a la production d’énergie. Le lisier de porc et les fientes de poules sont mélangés pour produire du méthane. Ce bio-gaz est ensuite brûlé pour alimenter les cuisines du centre et aussi produire de l’électricité.
Il y a la production d’équipements. Les réservoirs de méthane et les équipements agricoles sont fabriqués sur place à partir d’appareils recyclés provenant d’automobiles accidentées, de vieux appareils électroménagers, d’équipements industriels désuets ou de matériaux jetés aux dépotoirs urbains.
Il y a la protection de l’eau. Le lisier de porc et l’eau servant à l’aquaculture sont envoyés dans des bassins ou croissent des jacinthes d’eau. Ces plantes filtrent naturellement l’eau qui est ensuite envoyée dans les champs pour la production de riz.

La « domestication » de l’argent : un modèle d’économie locale
5_poissonPour générer de la richesse locale le père Nzamujo aime parler de la domestication de l’argent; une valorisation de l’économie locale pour contrer le capitalisme sauvage. Élevé en Californie, le fondateur de Songhaï a mis à profit sa formation universitaire en agronomie, économie et informatique.

En plus de la réduction des coûts de production alimentaire par l’autoproduction des engrais et des sources énergétiques, l’entreprise fabrique et distribue des produits transformés ayant une valeur ajoutée : huile de soja, farines, savons, confitures, yaourt, biscuits et autres produits. «On insiste beaucoup sur la propreté et l’hygiène» raconte un des formateurs.

La fabrication d’équipements agricoles à partir de produits recyclés permet l’autosuffisance locale pour la réparation des équipements.

Ce savoir-faire de nouveaux artisans ingénieux et débrouillards dans le domaine de la ferblanterie, de l’électricité, de la soudure, de la plomberie, de la menuiserie, de la céramique est une grande richesse pour la communauté locale et pour tout le pays.

On stimule ainsi les bases de l’entreprenariat.

Un incubateur d’innovations technologiques et de changement social
6_arbresLes jeunes africains désertent les campagnes car le métier d’agriculteur traditionnel n’est plus attrayant, surtout dans les pays riches en pétrole où on fait plus d’argent dans les villes qu’à la campagne. Pour les fils d’agriculteurs, les Centres Songhaï transforment leur vision de l’agriculture qui devient subitement plus moderne et plus attrayante. Ils ne voient plus leur terre comme avant; ce que leur père faisait en deux jours ils peuvent le faire en deux heures.

Par l’introduction du riz dans la culture africaine, le Centre espère aussi libérer du temps pour les femmes africaines qui passent beaucoup de temps à la préparation des repas traditionnels. La préparation du riz demande peu de temps et le temps libéré pourrait être utilisé pour leur propre éducation et l’éducation des enfants.

Et vive l’écotourisme
7_formationFinalement, le Centre Songhaï de Porto-Novo sert aussi d’hébergement pour des touristes ou des groupes universitaires et offre des salles de réunion pour tenir des séminaires avec restauration et service de transport.
Il s’agit d’une communauté catholique francophone où le père Nzamujo célèbre encore une messe matinale à tous les jours.
Il y a une grande beauté et une grande bonté qui émanent de son engagement. L’Afrique peut décidément relever la tête.

Voir aussi la vidéo suivante :

Yves Perrier
2015-09-30