joints polybutylene plomberie quebecAu Québec, on estime qu’environ 225 000 maisons sont munies de plomberie de polybutylène et après 30 ans d’expérience avec ce produit il ne semble pas y avoir de dégradation importante ni de cas de fuite laissant croire à une usure prématurée du produit. Les compagnies d’assurances de maisons font aussi peu de cas de la présence de plomberie de poly-b.

En 1999, dans le cahier Mon Toit de LaPresse, je mettais en garde les consommateurs contre les risques de fuites associés à la plomberie de polybutylène. Je spécifiais toutefois que les problèmes rencontrés aux États-Unis étaient associés au haut taux de chlore qu’on rencontre dans certaines villes américaines et qu’au Canada les taux de chlore sont beaucoup moindre. En ce sens, la présence de plomberie de polybutylène ne semble pas représenter un risque.

Plomberie polybutylène: historique du problème

tuyaux polybutylene plomberieDepuis son utilisation dans les années 70 aux États-Unis, puis au Québec à partir de 1983, la tuyauterie d’alimentation d’eau en polybutylène ( poly-b) s’est peu à peu gagné la confiance des constructeurs et des consommateurs. Les avantages de ce tuyau de plastique gris étaient multiples par rapport à la tuyauterie traditionnelle en cuivre. Souple et venant en rouleaux, il avait moins de joints, il était plus économique en matériau et en main-d’œuvre et il était moins bruyant.

Cependant, des fuites sont apparues de manière systématique à partir des années 80 aux États-Unis mais très peu au Canada.

En 1995, aux États-Unis, les compagnies Shell Oil et Du Pont de Neymours ont été condamnées à créer un fonds de 950 millions de dollars pour défrayer le remplacement de la tuyauterie par les consommateurs. En 2004, au Québec, un recours collectif entrepris en 1998 s’est terminé par un règlement monétaire entre les parties.

Tuyaux de polybutylène: quels étaient les problèmes
polybutylene quebec maisonsLe problème principal était la réaction au chlore des raccords d’assemblage des joints. Les raccords de plastique en acétal se désagrégeaient au contact du chlore dans l’eau, provoquant après quelques années des fuites à répétition dans les murs et les plafonds. Plus la présence de chlore est importante plus la réaction est grande et rapide. Au Québec et dans l’ensemble du Canada, la concentration de chlore dans l’eau de consommation est généralement de moins de 2 PPM (partie par million) alors qu’aux États-Unis elle peut être beaucoup plus élevée. M. Henri Bouchard, directeur technique de la CMMTQ (Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec), soutient que peu de cas de fuites ont été recensés par les entrepreneurs en plomberie dans les années 90 et depuis les 10 dernières années il n’a pas connaissance de problèmes de fuites associés au matériau.

De même, l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction (ACQC) qui fut au départ très préoccupée par ce problème déclare finalement qu’elle n’a reçu que très peu de témoignages de propriétaires qui auraient connu des problèmes. Aux Assurances Habitation Desjardins, on m’assure aussi qu’il n’y a actuellement aucune surprime de risque pour la présence de plomberie de poly-b.

Au Québec, depuis 1986, les raccords utilisés sont généralement de cuivre. Selon la CMMTQ, ceci élimine les risques dus à la dégradation des joints. Il est facile de vérifier si les raccords des joints de votre tuyauterie sont de plastique ou de cuivre, il sont visibles sur les raccords formant des coudes ou des T.

Chauffage radiant en polybutylène: les problèmes

Le deuxième problème qui apparu dans les années 80 concernait les systèmes de chauffage central à eau chaude utilisant les tuyaux de polybutylène comme conduits. Dans ce cas, c’était la perméabilité du tuyau à l’oxygène qui causait des problèmes de rouille accélérée du système de chauffage. En effet, l’oxygène extérieur traversait la paroi de poly-b et se mêlait à l’eau. Cet oxygène dans l’eau entrait ensuite en contact avec le système de chauffage et faisait rouiller les pompes, échangeurs et autres composantes métalliques du système en 3 ou 4 ans seulement. Après l’identification du problème, les tuyaux de poly-b produits depuis 1993 ont été modifiés pour bloquer le passage de l’oxygène.

Finalement, un troisième problème concernait le contrôle de la qualité du produit qui a été signalé dans des cas où le tuyau fissurait avec l’âge. Sur ce point toutefois, on peut dire que tous les produits, même les tuyaux de cuivre, peuvent être sujets à des défauts de fabrication.

Devant la mauvaise publicité faite au produit, les fabricants ont arrêté la production en 1995 mais, comme le produit était maintenant jugé sécuritaire, les stocks accumulés furent installés jusqu’à la fin des années 90. D’ailleurs, le Code national de plomberie (modifié pour le Québec) a permis sont utilisation jusqu’en 2008.

Adieu Poly-b,… vive le PEX de polyéthylène

pex tuyaux plomberie plastiqueÀ la fin des années 90, le Poly-b fut remplacé par le polyéthylène (communément appelé le PEX). Le PEX est plus souple, plus résistant à la chaleur et à la pression, ses raccords en laiton sont résistants, le tuyau bloque le passage de l’oxygène et il est utilisé depuis 30 ans en Europe sans problème. Comme il coûte près de 40% moins cher que le cuivre, la quasi-totalité des maisons neuves du Québec sont aujourd’hui alimentées en eau potable par le PEX sauf dans les villes de Westmount et de Ville Mont-Royal où le cuivre est encore obligatoire.

En conclusions, je trouve que la présence de tuyauterie de polybutylène dans une maison ne devrait pas être une raison pour ne pas acheter une propriété ou pour en réduire le prix.

Yves Perrier
2015-11-11