sejour_beige_sicoComme architecte j’ai toujours prôné l’utilisation de produits de bâtiment durables, peu polluants pour l’environnement et sains pour les occupants. Lorsque vient le choix d’une peinture écologique tous ces critères doivent être examinés.

Plusieurs peintures synthétiques à base de latex sont extrêmement durables, ne dégagent aucun composé organique volatil (COV) et sont fabriquées localement réduisant la production de gaz à effet de serre.

Les peintures naturelles sont-elles vraiment plus écologiques?

La base de toute peinture
Une peinture est toujours formée de quatre composantes:
– le liant: latex, huiles ou autre
– le solvant: qui dilue le liant pour le rendre liquide et qui s’évapore pour former le feuil solide
– les pigments: qui donnent la couleur et l’opacité
– les additifs: qui donnent des caractéristiques spéciales aux finis, résistance aux UV, contrôle de la moisissure, augmentation de la tenue de la peinture, etc

Les liants: des résines synthétiques ou des huiles naturelles
Les liants ne s’évaporent pas et après la pose de la peinture ils constituent l’essentiel du feuil de la peinture. C’est le liant qui donne la résistance à l’abrasion et au lavage. À ce niveau, les latex, acryliques, polyuréthanes, alkydes sont nettement plus résistants que les peintures à base d’huiles végétales, de cire d’abeille, de lait (caséine) ou de résines de pin.
Les résines synthétiques peuvent comporter des substances nocives (ne pas ingérer et bien nettoyer la peinture sur la peau) mais après séchage elles sont fixées au feuil de la peinture. Les résines naturelles comme le pin peuvent émettre des polyphénols durant de nombreuses années qui incommodent certaines personnes.

Les solvants: à l’huile (alkyde) ou à l’eau (latex)?
Les solvants de la peinture ont longtemps été ciblés comme étant les produits les plus nocifs pour les ouvriers, les occupants et l’environnement. Depuis septembre 2010, au Canada, des normes sévères d’émanations de COV ont été instaurées ce qui limite l’utilisation des peintures murales et pour plafonds aux peintures latex. Or il existe maintenant de nombreuses peintures latex commerciales sans aucun COV, sans aucun solvant autre que l’eau, sans odeur et sans danger pour les utilisateurs.
Les peintures à planchers à l’huile (les alkydes et polyuréthanes) peuvent encore être vendues jusqu’en 2014, laissant le temps aux fabricants de trouver des recettes aussi résistantes pour les planchers intérieurs et extérieurs.
Pour les peintures dites naturelles, les solvants sont aussi à base d’eau ou d’extraits naturels comme l’essence de térébenthine ou les distillats d’agrumes. Dans tous les cas, ces solvants ne sont pas moins toxiques que l’eau utilisée pour les peintures synthétiques.

Les pigments de couleur: attention aux métaux lourds
Les pigments colorant les peintures à résines synthétiques représentent une très faible proportion du produit final. Autrefois les pigments étaient souvent réalisés à base de métaux lourds comme le plomb, le zinc, ou le cadmium. Voilà pourquoi on dit de ne pas sabler les vieilles peinture (poussières en suspension dans l’air) et de faire attention à la ventilation lors de décapage de moulures.
Aujourd’hui, la majorité des pigments de couleurs sont faits à base d’oxydes de fer ou d’autres origines minérales et ce, tant dans les peintures latex qu’à base d’huiles végétales.

Les additifs: pour un produit plus durable
Si les fabricants ajoutent des produits à la peinture c’est généralement pour en assurer une meilleure prise, faciliter leur pose et augmenter leur résistance donc leur durée. Les additifs peuvent rendre les peintures intérieures et extérieures plus durables en les protégeant du vieillissement causé par les rayons ultra-violets tout en stabilisant leur couleur. S’ils n’augmentent pas les émissions de COV, ils sont les bienvenus pour éviter de devoir refaire la peinture trop souvent.

Critères de choix pour une peinture écologique
La peinture synthétique au latex n’est pas comme un tapis synthétique qui dégage des produits chimiques dans l’air et dont on se débarrasse après usage, contaminant les nappes d’eau. Elle demeure en place durant toute la vie utile du bâtiment et ne cause pas de problème de qualité d’air intérieur.
D’un point de vue environnemental, les nouvelles peintures au latex sans COV sont un excellent choix écologique. Elles peuvent même se comparer avantageusement aux peintures à base d’huiles naturelles car elles sont plus résistantes, plus durables et généralement plus économiques que les peintures à base d’huile végétale.
Pour avoir un point de vue plus juste, il faudrait toutefois faire une analyse complète de l’ensemble du processus de fabrication et de recyclage, de l’extraction des matières premières jusqu’à l’élimination du produit.

Yves Perrier
2011/01/15