_architecture maison ainesIl y a à peine 30 ans, le concept de maisons de naissances était fortement contesté par le monde médical au Québec. Les médecins considéraient que la naissance d’un enfant était un acte dangereux pour la mère et l’enfant et «nécessitait» la présence d’une équipe médicale hautement spécialisée avec des équipements médicaux de pointe, dans un environnement aseptisé et contrôlé, donc à l’hôpital et nulle part ailleurs. Aujourd’hui, les maisons de naissance sont en forte demande car elles sont plus humaines et elles coûtent 25% moins cher à l’État que l’accouchement à l’hôpital. Celui qui voudrait revenir en arrière passerait pour un imbécile.

En 2018, lorsque François Legault a promis la construction de «Maisons pour aînés» en remplacement des Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD), ont a eu affaire à la même réaction épidermique du monde médical pour protéger leur chasse gardée et les médias ont renchéri sur cette «idée utopique». Or, il existe déjà de nombreux exemples novateurs et inspirants au Québec de Maisons pour aînés qui démontrent sans l’ombre d’un doute que vivre dans ces environnements riches en interactions sociales rendent les aînés plus heureux et en meilleure santé, le tout, à un coût beaucoup moindre que les 80 000$ annuels que coûtent à l’État le placement en CHSLD ou les loyers exorbitants des résidences privées pour aînés qui sont inabordables pour la majorité des citoyens. Économiquement, la situation actuelle de l’habitation pour aînés ne sera plus viable d’ici peu et socialement, il faut trouver une solution pour briser l’isolement des aînés car l’isolement est un grand facteur de stress et d’anxiété.

Des chiffres effrayants
Il faut d’abord rappeler que le nombre d’aînés doublera au Québec d’ici 2035 et que par la suite ce nombre diminuera progressivement. On pourrait donc se retrouver avec des immeubles inutiles qu’il faudra recycler pour de nouvelles fonctions. Or, la construction de plus petits immeubles répartis dans de nombreuses localités est une approche plus durable car il est plus facile de recycler de petits immeubles que de très grands. Ces plus petits immeubles permettent aussi de conserver les aînés dans leur localité plutôt que de les déménager dans de grands ensembles loin de leur ancienne vie. En groupe, les aînés peuvent devenir un élément dynamique dans une petite ville.

_aines rueVivre proche des siens est plus important que l’alimentation ou l’activité physique
La science a établi depuis très longtemps que les gens heureux vivent plus longtemps et en meilleure santé. On sait aussi que l’isolement est le facteur principal de dépression et d’anxiété pour les aînés. Pour la santé des aînés, l’isolement a des effets plus graves que le diabète et l’hypertension. La question demeure donc qu’est-ce qui rend les aînés heureux?
Selon des scientifiques de l’université de San Diego en Californie vos chances de vous sentir heureux dans la vie augmentent de 25 % si vous avez un proche (frère, sœur, parent, meilleur ami) habitant à moins d’un kilomètre de chez vous.
L’homme est un « animal social ». Il est impossible d’être heureux sans contacts chaleureux et fréquents. Si nous passons 6 à 7 heures par jour avec notre famille et nos amis, nous aurions 12 fois plus de chances de nous sentir heureux que d’être stressés et anxieux.
Le but d’une maison des aînés est de les mettre en contact avec des amis, de la famille et du personnel bienveillant.

Rester chez soi malgré la perte d’autonomie: un prix international à Victoriaville
En 2011, la Corporation Aide et support aux aînés a décroché le prix international «Vivre ensemble aujourd’hui et demain» du groupe immobilier français Icade pour sa réalisation exemplaire. L’organisme à but non lucratif, offre ses services de soutien à 35 locataires de l’OMH Victoriaville-Warwick, qui nécessitent des services intensifs et dont certains ont pu quitter leur CHSLD.
Depuis 2012, avec l’ajout de 38 nouveaux logements au 65, rue de l’Ermitage, 19 locataires en lourde perte d’autonomie ont pu recevoir ses services et soins pour les maintenir dans leur logement près de leurs amis et de leur famille.

Tout en étant beaucoup plus stimulante pour le bien-être et l’autonomie des aînés, selon un documentaire réalisé par Icade, cette approche serait trois fois moins coûteuse qu’un service public en CHSLD.
Vidéo à voir: Aide et support aux aînés

_vivre chez soiHabitations Vivre Chez Soi : Prix Habitat novateur pour aînés 2017
Créé en 2014 par la SHQ, le prix Habitat novateur pour aînés a pour objectif de mettre en valeur les pratiques novatrices en matière d’habitation et de valoriser les milieux favorisant le bien-être, l’autonomie et le vieillissement actif des aînés.
Construites en 2008 grâce au programme AccèsLogis Québec de la SHQ, les Habitations Vivre Chez Soi offre des logements abordables de qualité aux citoyens du quartier Saint-Sauveur à Québec et maintien les aînés le plus longtemps possible dans un milieu de vie convivial et familial.
Pour ce faire, la résidence pour aînés est intégrée à un ensemble immobilier comportant des logements pour les familles et pour les personnes seules. Cette mixité permet de maintenir et de promouvoir les relations intergénérationnelles.L’organisme se distingue aussi par l’intégration harmonieuse des aînés dans la vie du quartier en stimulant le partage, l’entraide et l’implication individuelle et collective auprès des enfants comme d’handicapés intellectuels.
Vidéo à voir: Habitations Vivre chez soi

_cuisine collectiveLes coopératives d’habitation pour aînés
La Fédération des coopératives d’habitation de l’Estrie regroupe 12 coopératives pour aînés dont plusieurs s’adressent aux 75 ans et plus.
Dans ces coopératives, les locataires sont partie prenante des décisions reliées à la gestion de l’immeuble, des loyers et des services. Les activités sont généralement organisées par et pour les membres de la coopérative qui entrent rapidement en relation avec les autres. Généralement, de un à trois repas par jour sont fournis. Les repas deviennent donc des moments de socialisation quotidiens où on annonce les activités courantes et à venir. C’est aussi le moment où on peut s’inquiéter de l’absence d’une personne.

À la coopérative solidaire La Grande Vie, qui offre 54 logements, une cuisine collective permet aussi aux aînés de s’impliquer dans les repas avec les cuisinières. La vie en coopérative permet de créer un réseau d’entraide de proximité qui s’ajoute au réseau familial des aînés pour briser l’isolement et créer un sentiment d’appartenance. Pour les membres, La coopérative devient leur maison et les membres leur famille.
Dans le cas d’une coopérative de solidarité pour aînés, compte tenu de certaines pertes cognitives ou physiques des membres locataires, la gestion de l’organisme est assurée partiellement par des employés et des administrateurs bénévoles en plus d’un certain nombres de membres. La coopérative solidaire d’habitation La Grande Vie fut construite en 2011. Elle offre des 3½ et des 4½ avec trois repas par jour fournis et elle maintient des coûts de loyers d’au moins 40% moins chers que les loyers de résidences privées offrant les mêmes services.

La technologie en support à l’autonomie
Environ 34 % des personnes âgées de plus de 65 ans utilisent un téléphone intelligent et cette proportion croit constamment. Les technologies de communication, de vigilance, de détection de chutes, d’appel à l’aide, de support à la mémoire, de vérification de médication, d’aide au ménage et de nombreuses autres innovations domotiques ou robotiques rendront de plus en plus possible le maintien à domicile en toute sécurité. Les gérontechnologies au service des aînés transforment déjà la vie de nombreux aînés et ces technologies sont en croissance constante. Les baby-boomers sont aussi beaucoup plus réceptifs à ces technologies que leurs prédécesseurs et représentent l’essentiels des futurs utilisateurs. Toutes ces technologies peuvent aider à supporter l’autonomie des aînés et le renforcement de leur réseau social de communication et d’entraide.

En conclusion
Compte tenu de leurs avantages humains et de leurs avantages économiques à court et à long terme, quelque soit le modèle utilisé, les maisons pour aînés représentent un modèle beaucoup plus intéressant que les CHSLD pour le bonheur des aînés et les bénéfices pour leur santé.

Cependant, quelque soit l’architecture proposée, il faut surtout mettre l’accent sur les services, les technologies de communication et les activités qui renforcent leur réseau social d’entraide et particulièrement celui de proximité avec leurs amis, car dans le contexte social actuel, la famille est de moins en moins disponible et de plus en plus dispersée aux quatre coins de la planète.

Par Yves Perrier
2018/10/08