1__bulle airLe béton cellulaire existe depuis plus de 60 ans mais il est pratiquement inconnu au Canada. C’est un béton sans gravier, plus léger de 50% que le béton commun et plus isolant. On l’utilise en Europe pour la préfabrication de blocs et de panneaux de béton légers et en Asie pour la réalisation de murs et de planchers structuraux coulés sur place.

Le groupe français Xella fabrique des produits de béton cellulaire sous les marques Ytong, Fermacell, Multipor et Hebel.

Voici les caractéristiques principales du béton cellulaire et les raisons qui militent en sa faveur.

Le béton cellulaire : description et composantes
2__blocsLe béton cellulaire est un mélange de ciment, de sable fin, d’eau et de mousse gonflante qui, une fois durci, crée un béton relativement léger contenant des millions de petites bulles d’air uniformément réparties formant des cellules fermées.

Le béton cellulaire est similaire au béton régulier car il utilise les mêmes ingrédients sauf les agrégats. Il durcit donc à l’humidité sur 28 jours de cure et après son séchage il rétrécit d’environ 0,1% soit 1mm par mètre de longueur.

Les qualités du béton cellulaire
Il faut se rappeler qu’il n’y a pas deux bétons cellulaires identiques. Les performances dépendent des mélanges utilisés qui sont très variables. Cela dit, de manière générale, ils ont les caractéristiques suivantes :

3__tableau densite MPAPoids. La densité (le poids) du béton cellulaire peut être de 2 à 10 fois moindre que le béton régulier. Plus on ajoute de mousse plus le béton est léger mais moins il est résistant à la charge. Cette légèreté permet de réduire le poids des planchers et des toits d’environ 50% ainsi que leur acier d’armature. Le poids du béton cellulaire peut varier de 250 à 1 800 kg/m3 comparativement à 2 500 kg/m3 pour le béton régulier.
Le contenu en ciment varie de 250kg/m3 à 400kg/m3.

Absorption d’eau. Le béton cellulaire est résistant à l’eau et il absorbe 3 fois moins d’eau que le béton régulier. Cette résistance à l’absorption d’eau est due à l’encapsulage des bulles par l’agent moussant qui réduit la transmission de l’eau.

Résistance au feu. Pour une même épaisseur, il résiste 3 fois plus longtemps au feu que le béton régulier. Un mur de 4 pouces (10cm) d’épaisseur a une résistance d’environ 3,5 heures au feu. Cette résistance accrue est due à la résistance thermique supérieure du béton cellulaire qui conserve plus longtemps le cœur du mur à l’abri du feu.

Résistance acoustique. Il possède une meilleure résistance acoustique aux bruits d’impact que le béton régulier tout en ayant une bonne résistance à la transmission des bruits aériens.

Résistance thermique. Un béton cellulaire d’une densité de 1 100 kg/m3 a une valeur isolante semblable à celle du bois (environ R-1/pouce). Son isolation thermique étant variable en fonction de sa densité il est possible de l’augmenter à environ R-1,5 en diminuant sa densité et sa résistance.

4_autonivelantAuto-nivelant et fluide. Les petites bulles d’air et l’absence de granulat grossier rendent le béton très fluide. Sur un plancher, celui-ci se place comme un auto-nivelant et il remplit parfaitement les coffrages verticaux entourant entièrement les aciers d’armature sans l’usage d’un vibrateur. Il en résulte une plus grande rapidité de mise en place et son pompage est facilité. On peut même réaliser des cloisons de seulement 3 pouces (75mm) d’épaisseur.

Économique? Le béton cellulaire à faible densité (600 kg/m3) est plus économique que le béton régulier mais celui de moyenne densité (1200 kg/m3) revient à un prix équivalent.
Par contre, par sa rapidité et sa facilité de mise en place, le béton cellulaire réduit les coûts de main-d’œuvre et sa légèreté réduit aussi le coût de l’acier d’armature dans les ouvrages de béton armé.

Pourquoi pas au Canada ?
Le béton cellulaire n’a pas vraiment de défaut qui limiterait son usage au Canada. Actuellement, c’est surtout le Code national du bâtiment qui rend son usage problématique.
En effet, la faible résistance en MPA du béton cellulaire n’est pas conforme aux normes minimales exigées pour le béton régulier tant pour les fondations, les dalles sur sols ou les éléments structuraux en béton armé.

On peut créer des bétons cellulaires atteignant la norme minimale de 25 MPA ou 3625 PSI (livres/pouce carré) par l’addition de fumée de silice (cendres volantes), de fibres de polypropylène et d’une maille d’acier mais son coût augmente alors de manière significative, ce qui réduit ses avantages.
Compte tenu de ses nombreux avantages, je suis convaincu que le béton cellulaire trouvera sa place dans le marché canadien d’ici peu. Certains entrepreneurs sont déjà équipés pour en produire au Québec. Il reste à définir leurs usages.

Idéal pour les pays en développement.
5__paysAu Canada, un mur de 8 pouces (20cm) de béton cellulaire est peu efficace d’un point de vue énergétique. Nos murs doivent atteindre un minimum de R-24 et 8 pouces ne donne que R-8. En ce sens, le béton cellulaire ne comble pas les besoins. Par contre, dans plusieurs pays en développement, une valeur isolante de R-8 est suffisante tant pour la conservation de la chaleur en hiver que le rafraichissement contre la chaleur en été.

En Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, les murs sont souvent constitués de murs de blocs de béton creux qui transmettent facilement la chaleur et résistent mal aux séismes. Un mur monolithique de béton cellulaire coulé est suffisant pour l’isolation tout en offrant la résistance au feu, aux séismes, aux insectes et au bruit tout en respectant l’architecture locale.

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Yves Perrier
2015-10-14