1_T-shelter-luxeOn les appellent les T-Shelters: T pour transition. Ce sont des abris de transition entre les tentes et les maisons permanentes dans les situations de crises humanitaires. Il y en a partout dans le monde et leurs formes varient peu.

Les T-shelters sont conçus pour être temporaires. En Haïti, ils devaient servir pour 4 ou 5 ans mais ils pourraient faire partie du paysage haïtien pour très longtemps. La transition risque d’être longue et difficile car les budgets des haïtiens ne leur permettront pas de mieux construire lorsque l’aide internationale sera terminée et que les T-Shelters seront dégradés.

On reconnait maintenant qu’il aurait été plus économique de construire immédiatement de vraies maisons durables en impliquant davantage les haïtiens. Lors d’une urgence il est souvent préférable de marcher que de courir.

110 000 T-Shelters construits à Haïti
2_tshelter-baseCes abris transitoires sont généralement construits à l’aide de colombages de bois recouverts de tôle sur le toit et de bâches sur les côtés. Dans les meilleurs cas, les murs sont recouverts à l’extérieur de contreplaqués peints ou d’autres revêtements légers.

De 2010 à 2012, les organisations humanitaires ont construit110.000 T-Shelters en Haïti. L’Organisation internationale pour les migrations a tenté d’imposer une norme de salubrité et de dignité pour ces abris en fixant une surface minimale de 18 m2 par famille, une dalle en ciment et un revêtement en contreplaqué ou panneaux de ciment mais ces normes ne sont pas respectés par les multiples agences et ONG.

3_T-shelters-2-etagesUn rapport de l’Observatoire des politiques publiques et de la coopération internationale soutient que 80% des fonds distribués en Haïti jusqu’en mai 2012 ont été investis dans ces constructions temporaires. Aujourd’hui, les organisations internationales se sont engagées à cesser d’encourager l’implantation de T-Shelters mais il est trop tard. L’argent fut dépensé.

Ce rapport publié à l’été 2012, conclue que les coûts de la reconstruction globale auraient été réduits de manière significative si on avait passé rapidement à la construction de bâtiments durables plutôt que d’investir dans les abris de transition.

De 2010 à 2012, la majorité des ONG sur place étaient des organisations d’urgence peu expérimentées dans les projets de reconstruction. Dans les situations de crise humanitaire, les projets de logement proposés par les ONG ou les agences étrangères visent à loger rapidement le plus de gens possible au moindre coût.

4_tshelters-coutsDans le quartier Ravine Pintade de Port-au-Prince on a même conçu des duplex de deux étages ayant 12 m2 par famille. Il faut dire que le coût moyen d’un T-Shelter de 12 m.ca. est tout de même de 4 200 dollars et que dans la capitale il y a moins de terrain disponible.

Aujourd’hui, les occupants des camps de T-Shelters sont inquiets pour l’avenir. L’eau s’infiltre quand il pleut car il n’y a pas de joint entre les panneaux de contreplaqué et les bâches de plastique ne résisteront plus longtemps aux vents et au soleil. Les animaux et les insectes y entrent sans restriction. Avec des revenus moyens de 2$ par jour, ils n’auront pas l’argent nécessaire pour faire le remplacement des bâches et aucune banque ne leur prêtera l’argent pour ces travaux.

5_toilettes-ecologiquesMais le pire est probablement les conditions sanitaires dans ces camps d’abris transitoires, qui ne sont pas meilleures que sous la tente. Dans le camp de Tabarre-Issa, 534 abris transitoires ont été construits au coût de 5 000$ incluant des toilettes écologiques dans chaque abris (toilettes à compostage avec séparation de l’urine). Malheureusement, les occupants ne comprennent pas leur fonctionnement et ne les utilisent plus. Ils creusent des trous pour se faire des latrines traditionnelles au risque de contaminer leur eau potable.

Des projets communautaires mieux gérés
6_maisonLes solutions les plus viables à long terme viendront probablement des organisations haïtiennes elles-mêmes avec bien sûr le support économique et technologique de l’étranger.
Des exemples de reconstruction de maisons à l’haïtienne montrent des pistes de solutions. Des prototypes de maisons permanentes de 35 m.ca. ont été construits en concertation avec les populations de Gressier et Cap Rouge pour une somme de 315$/m.ca. (11 000$ au total) alors que le coût des T-Shelter temporaires revient en moyenne à 350$/m.ca. (4 200$ pour 12 m.ca.)

En janvier 2012, l’Institut de technologie et d’animation (ITECA) remettait à plusieurs familles bénéficiaires, les clés de 100 maisons reconstruites après le séisme. Établi à Ti Boucan dans la commune de Gressier, l’organisme se base sur le principe traditionnel de « Konbit » (entraide). Les familles bénéficiaires contribuent aux constructions en apportant les graviers et autres matériaux qu’ils aident à transporter.

Pour 11 000$, les maisons, de 35 mètres carrés, sont parasismiques et anticycloniques. Elles ont chacune deux chambres à coucher, deux pièces de séjour, une citerne, une latrine et des panneaux solaires. Sur quatre modèles traditionnels de maisons, proposés par l’ITECA, les familles bénéficiaires ont fait leur choix suivant leurs goûts.

Durant les premiers jours qui ont suivi le séisme la plupart des familles sinistrées s’étaient réfugiées dans le bâtiment de l’organisme. L’ITECA a été fondé en 1978, par un groupe de professionnels et de religieux haïtiens. C’est un Institut privé à but non lucratif, non confessionnel et qui ne relève d’aucun groupe ou parti politique. Comme institution d’éducation populaire c’est un lieu d’échange, d’analyse, de formation, afin de renforcer l’action des organisations paysannes. L’Institut a opéré un choix conscient en faveur des plus démunis en mettant à leur disposition les ressources dont il dispose. L’institution appuie des projets dans les domaines de l’agriculture paysanne, l’élevage et l’accès aux services sociaux de base au bénéfice des communautés paysannes.

Yves Perrier
2015-10-14