1__maisons-haiti-1Le 21 juillet 2011, le Président Martelly et l’ex-Président des États-Unis Bill Clinton inauguraient l’Expo Habitat dans la ville de Zorange près de la capitale Port-au-Prince. Il s’agissait d’un projet d’habitation d’à peu près 60 maisons différentes visant à promouvoir des prototypes d’habitats économiques pour la reconstruction d’Haïti.

L’Expo Habitat a coûté près de 2 millions US$ en financement public auxquels des compagnies étrangères ont ajouté 2 millions de plus. L’idée était de vendre les maisons à bas prix à des familles haïtiennes après l’évènement pour créer un nouveau quartier modèle pouvant être reproduit ailleurs dans le pays.

Un échec retentissant
2__maisons-haiti-2L’évènement a duré une seule semaine et fut un échec retentissant. Peu de gens l’ont visité et aucun entrepreneur ne semble avoir construit de maison à partir de ces modèles.
Un an plus tard, la plupart des maisons modèles étaient vides et plus d’une douzaine étaient sévèrement saccagées.

Plutôt que d’accueillir des victimes du séisme le quartier servait de pâturage aux chèvres, venues brouter les mauvaises herbes sur cet ancien terrain inondable réhabilités pour l’habitation au coût de 1,2 millions US$.

La situation actuelle
3__maisons-haiti-3En 2014, les maisons abandonnées par l’État haïtien n’ont toujours pas d’eau courante ni de système sanitaire quelconque. Elles abritent maintenant d’anciens locataires de la région de Zoranje qui ont saisi l’occasion de s’approprier illégalement les maisons de l’Expo et même d’en mettre en location.

On dira qu’au moins les maisons servent maintenant d’abris à des familles mais ce sont des abris insalubres dans un quartier inexistant.

Une bonne idée initiale
4__maisons-haiti-4Les promoteurs du projet voulaient démontrer des idées novatrices pour le logement haïtien avec un concept communautaire exemplaire. La Fondation Clinton y a injecté 500 000 US$ ; la Banque interaméricaine de développement (BID), 1,2 millions; puis la Deutsche Bank Foundation et les gouvernements britannique et haïtien y ont également contribué.

Cependant, personne n’a vraiment pris le projet en charge et surtout aucun suivi n’a été fait après le lancement de l’Expo-Habitat qui fut tout simplement abandonné.

Des constructeurs dévoués
5__maisons-haiti-5Plus de 60 firmes de construction et d’architecture du monde entier ont dépensé de 50 à 100 000 dollars pour donner ces maisons de démonstration au peuple haïtien et faire connaître leur savoir-faire, leurs matériaux ou technologies ainsi que leurs concepts adaptés au climat haïtien. Ils ont même dû payer 30% en frais de douane pour les matériaux qu’ils ont donnés.
Depuis, aucune firme n’a reçu de contrat.

À qui la faute?
6__maisons-haiti-6Trouver un responsable parmi les principaux intervenants dans ce projet relève de l’impossible. Tout le monde a travaillé, mais personne n’est responsable.

Un mauvais emplacement. Le projet fut réalisé dans une plaine inondable où il a fallu ajouter au moins un mètre de remblais. On a dû utiliser 20 000 camions de gravier et de remblais coûtant 25 US$ le mètre cube. Cette situation est aussi problématique pour la gestion des toilettes sèches traditionnelles car celles-ci peuvent contaminer la nappe d’eau élevée.

Cette situation était connue avant le choix de Zorange pour l’implantation du projet. Un rapport préliminaire concluait que même remblayé avec du gravier, son drainage serait insuffisant et que rien n’y pousserait. Les auteurs du rapport notent en plus qu’une prochaine catastrophe est inévitable.

Des maisons trop coûteuses ou trop petites? On a fait miroiter l’existence d’une classe moyenne suffisamment nombreuse pour acheter des maisons neuves. Le prix de vente moyen des 60 modèles construits était de 21 000 dollars et pouvait monter jusqu’à 69 000 $.
7__maisons-haiti-7Le chômage ayant frappé la classe moyenne c’était un prix beaucoup trop élevé dans un pays où plus des deux-tiers de la population gagne moins de 2 $ par jour.
Certaines maisons coûtaient à peine 12 000$ mais elles ont été jugées trop petites pour des familles haïtiennes ayant souvent de 6 à 8 enfants.

Des produits importés. La grande majorité des maisons étaient construites avec des produits importés et rapides à installer. Cette approche est logique pour les fabricants mais elle crée peu d’emplois et n’encourage pas l’économie locale. Les entrepreneurs locaux n’étaient pas gagnants et ne faisaient pas travailler leurs employés ni leurs fournisseurs.

8__maisons-haiti-8Une absence de services. Les services d’alimentation en eau potable et les installations sanitaires permanentes ne furent jamais réalisés créant des conditions sanitaires inquiétantes pour la qualité de l’eau potable. Ce projet n’a jamais reçu le financement nécessaire à l’implantation d’une communauté.

Un modèle de communauté oublié. Finalement, l’idée de créer une communauté modèle fut oubliée et on a construit à proximité un développement résidentiel semblable à tous ceux construits en Haïti depuis 15 ans avec de petites maisons en rangées, peu d’espaces verts, un drainage inadéquat et toujours aucun système d’eau courante.

FODES-5: un projet supporté par des Québécois
Parmi les projets porteurs d’espoirs, un organisme 100% haïtien montre une voie à suivre. La Fondation pour le Développement économique et Social de Labrousse en Haïti, oeuvre à sortir ses concitoyens de la misère par l’agriculture, l’éducation et la santé.
L’aire d’intervention de la Fondation (FODES-5) comprend 5 communes situées autour de Labrousse, au centre d’un triangle compris entre Petit-Goâve, Miragoane et Cotes-de-Fer. Elle regroupe environ 40,000 personnes.

Au Québec, l’organisme sans but lucratif Collaboration Québec-Haiti s’est donné comme mission de supporter par tous les moyens matériels, financiers, professionnels et techniques, les efforts de FODES-5 vers l’établissement de villages du millénaire.

Yves Perrier
2015-10-14